
Pendant que son Premier ministre François Fillon s'offrait une tournée électorale au pas de course à Paris le matin puis à Béziers dans la soirée, Nicolas Sarkozy, 52 ans, participait jeudi à son premier sommet du G8, à Heiligendamm, dans le nord de l'Allemagne. Il s'y est plutôt distingué, signant une entrée réussie après douze ans de présence de Jacques Chirac. George Bush, le président américain, a en effet opéré finalement un pas vers l'acceptation de l'objectif chiffré réclamé par son homologue français. Idem pour la chancelière allemande Angela Merkel concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
George Bush "a bien voulu considérer qu'il y avait un problème, que l'homme était responsable de ce problème, qu'il fallait agir vite, que le meilleur cadre d'action c'était l'ONU", a jubilé Nicolas Sarkozy. "Dans le communiqué final, l'objectif qui 'sera pris en compte sérieusement' par les huit, c'est l'objectif de 50% de réduction des gaz à effet de serre (à l'horizon 2050). Ce terme 'sérieusement', je l'ai arraché à l'extrême fin de la dernière séance", a-t-il précisé. Mais ce n'était pas l'objectif contraignant qu'il souhaitait initialement: "Les Etats-Unis n'ont pas franchi ce pas parce qu'ils veulent que la Chine et l'Inde soient associées à cet effort. Mais l'expression 'sera pris en compte sérieusement' est un progrès de plus. C'est assez inespéré par rapport au point de départ."
Il insiste pour le traité simplifié
A défaut de triomphe, Nicolas Sarkozy aspire à se servir de ce progrès afin d'obtenir de l'Allemagne un soutien entier à sa proposition de traité européen simplifié pour sortir l'Union européenne de sa crise institutionnelle. "J'ai aidé Madame Merkel, présidente du G8, à obtenir un succès mais je veux qu'elle m'aide à obtenir un traité simplifié", a-t-il confié. A l'issue d'un entretien bilatéral avec le Premier ministre britannique Tony Blair, il a annoncé qu'il était parvenu avec ce dernier à un accord "sur ce que pourrait être le cadre" de ce traité simplifié. "On a même parlé de questions difficiles comme celle du texte sur les droits fondamentaux et on a trouvé une solution."
Par ailleurs, en tant que rapporteur sur la crise du Darfour, il s'est chaudement félicité d'avoir obtenu l'unanimité de ses pairs sur un texte de deux pages reconnaissant notamment la nécessité d'envoyer une force d'interposition dans cette province du Soudan et de chercher une solution politique. Il a en outre obtenu du G8 un "communiqué qui soutient les efforts du président colombien Alvaro Uribe" pour tenter de faire libérer l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt. "L'engagement pris auprès du président Uribe après la libération (du responsable des Farc) Rodrigo Granda a été tenu et le G8 a manifesté le souhait de remercier le président Uribe et de faire pression sur les Farc pour qu'ils négocient une solution humaine au problème de Mme Betancourt."
Merkel: "Merci Nicolas de ton énergie"
Autres raisons de serrer les poings: les satisfecits adressés par ses "collègues". "Merci Nicolas de ton énergie", a déclaré la chancelière allemande. Tony Blair a pour sa part salué la "contribution très importante" du président français à la conclusion d'un accord sur la lutte contre le réchauffement climatique. En fin de journée, Nicolas Sarkozy avait un entretien en bilatéral avec le président Russe, Vladimir Poutine, avec qui il a été vu rire aux éclats au début de la séance de travail du matin. "Il m'a dit que j'étais direct. Je lui ai dit, je m'inspire de vous aussi", a expliqué Nicolas Sarkozy, qui a accepté le principe d'une prochaine visite en Russie, sans doute en septembre.
Décidemment en pleine forme, il a aussi proposé de suspendre pour six mois l'adoption d'une résolution des Nations Unies sur l'indépendance de l'ancienne province serbe du Kosovo, afin de donner du temps à une solution "médiane". Les huit chefs d'Etat auraient accepté cette proposition. "La proposition que j'ai faite, c'est que le président Poutine reconnaisse la perspective inéluctable de l'indépendance du Kosovo, que pendant six mois on assure la pérennisation des effets juridiques de la résolution 1244 (du Conseil de sécurité de l'ONU) pour donner un mandat aux soldats qui sont sur le terrain", a-t-il expliqué. Il a souligné que le président russe craignait "par-dessus tout l'élargissement à d'autres situations de l'indépendance du Kosovo". C'est ce qu'on appelle une journée bien remplie... (jdd)