
Jeudi 30 août 2007, 14h15, sous la tente des séances plénières de l’université d’été du Mouvement des entreprises de France, toutes les chaises ont déjà été prises d’assaut. L’assemblée d’entrepreneurs attend patiemment la venue de Nicolas Sarkozy prévue à 15 heures. L’évènement a un caractère historique.
Pour la première fois, un président de la République en exercice va dévoiler les mesures économiques qu’il envisage de mettre en place, devant un cortège de patrons. Soudain, à chaque extrémité de la tribune, deux écrans géants diffusent les images de l’arrivée du chef de l’Etat qui déclenche aussitôt une salve d’applaudissements. Chacun peut le voir descendre de sa voiture accueilli par la présidente du Medef, Laurence Parisot. Pour ne pas en perdre une miette, les plus jeunes participants ont grimpé sur leur siège. « Assis ! », clament des voix dans la foule. « C’est une joie pour moi de vous retrouver à l’occasion de cette université d’été du Medef », riposte Nicolas Sarkozy, détendu, pénétrant en terrain conquis.
Pendant près d’une heure, devant un auditoire oscillant entre silence religieux et marques d’enthousiasme, le président de la République a livré son analyse de la situation économique du pays, victime de blocages « qui sont d’abord dans les têtes ». « Il nous manque un point de croissance pour résoudre nos problèmes (…) La croissance qui nous manque, je veux aller la chercher (…) Je veux rendre aux Français le goût du risque, le goût d’entreprendre », a-t-il affirmé. Opposant « économie spéculative » et « capitalisme d’entrepreneurs », Nicolas Sarkozy s’est posé en défenseur d’une politique industrielle et s’est étonné du fait que l’Europe soit « la seule région du monde où il est impossible de conduire des politiques industrielles ». Il a fait rire son auditoire en s’étonnant que les socialistes ne sachent pas valoriser leurs talents. « J’aurais pu faire un excellent DRH dans une autre vie », a-t-il plaisanté.
Côté mesures, pas de grandes nouveautés. Le président de la République a rappelé son intention d’assouplir substantiellement les 35 heures, d’alléger la taxation du travail et de faciliter la rupture à l’amiable du contrat de travail. Il a aussi insisté sur la réforme de l’Etat qui devra à l’avenir « être géré avec le même souci d’économie » qu’une entreprise.
Pour encourager l’innovation, toutes les dépenses de recherche devraient pouvoir être prises en compte dans le calcul du crédit d’impôt recherche, dont le taux sera triplé et majoré de 50% la première année. Nicolas Sarkozy a également annoncé qu’il avait chargé la garde des Sceaux, Rachida Dati, de réfléchir aux moyens d’une sécurisation juridique des entreprises.
« C’était un discours extrêmement important, plein de sincérité et d’authenticité, un grand moment d’émotion », lance Laurence Parisot, décidément dans le registre affectif, en quittant la salle. « Au-delà des idées, des programmes, des clivages, ce geste de reconnaissance du chef de l’Etat vis-à-vis des entreprises, nous l’attendions depuis longtemps », explique la patronne des patrons. (lepoint)