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Sylvain Besson, vous êtes correspondant du
Temps* à Paris. Vous demande-t-on régulièrement des articles autour de notre élection ?

Sylvain Besson : 
Tout à fait. Je passe au moins 80% de mon temps sur le traitement de la présidentielle, notamment sur des articles liés à Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy. L'intérêt pour le scrutin est en effet plus important en Suisse, dans la partie francophone bien sûr, mais aussi dans la partie germanophone, que les autres années.

Tout d'abord, en raison de la personnalité des deux candidats principaux. Ensuite, comme la France est en crise, on se demande si un redressement est possible ou si elle va continuer à s'enfoncer dans les difficultés. Enfin, la politique suisse n'est pas très passionnante. Elle se joue sur des référendums factuels et comme nous n'avons pas de président élu, il n'y a pas de personnalisation au niveau national. Résultat : même si cela ne les concerne pas directement et si les implications seront très limitées pour eux, les Suisses trouvent très "fun" et "exotique" de suivre la campagne française.


Comment analysez-vous ce début de campagne ?
S.B : C'est très intéressant de pouvoir suivre le combat, les coups, le suspense. Contrairement à ce que l'on dit souvent, il y a des propositions concrètes dans les deux camps. Sur la fiscalité, par exemple, la droite propose une baisse des impôts pour relancer la croissance alors que la gauche veut les augmenter pour poursuivre l'Etat providence. C'est une vraie alternative pour les électeurs, un vrai choix de société.

Malgré les reproches à son encontre, je trouve également que Ségolène Royal avance ses idées et son projet par petites touches. Mais il est difficile d'en dégager une philosophie en raison du désordre dans la formulation. Elle doit gérer son propre projet, celui du PS et celui qui ressort des "débats participatifs". C'est beaucoup plus difficile à agencer que Sarkozy.


Estimez-vous que les médias français sont trop axés sur ce duel Sarkozy-Royal ?
S.B : Non. Ce sont les deux candidats dont la personnalité est la plus intéressante et la manière dont ils ont pris le pouvoir à l'intérieur de leur parti est très instructive. Surtout, ce sont les seuls à incarner une alternative. Même s'il arrive au second tour, Jean-Marie Le Pen n'est pas éligible. Et si la méthode de François Bayrou est novatrice sur la forme, ses propositions ne sont pas très lisibles sur la fond et sa voie du milieu n'offre pas de vraie rupture économique.

La Suisse s'est invitée dans les débats avec la polémique sur Johnny Hallyday et les propos de Arnaud Montebourg sur la fiscalité*. 
S.B : Ce n'est pas totalement surprenant. Le "paradis fiscal" suisse revient de temps en temps, notamment dans nos relations avec l'Union européenne. Là, il s'est simplement cristallisé sur Johnny Hallyday. En revanche, ce qui est étonnant, c'est la dureté des propos de Montebourg. Plus globalement, cette polémique véhicule surtout les clichés traditionnels sur la Suisse comme le pays où l'on ne paye pas d'impôts ou encore comme un endroit barbant, où Johnny allait s'ennuyer. (tf1.fr)

*Né en mars 1998, ce titre de centre droit, prisé des cadres, se présente comme le quotidien de référence de la Suisse romande et francophone

*Le porte-parole de Ségolène Royal avait menacé la Suisse de "blocus fiscal" en cas de victoire de la candidate socialiste