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 Ils ont troqué le seau et la colle pour la souris. Plutôt jeunes, mobilisables jour et nuit, ce sont les nouveaux militants politiques. Leur champ de bataille: Internet, avec ses médias en ligne (journaux, télévisions, radios), ses forums de discussion, sa légèreté, sa rapidité, son efficacité et surtout sa liberté.

L'infanterie.
Au PS, ils sont 120 à avoir été chargés de superviser la campagne sur Internet, et environ 12 000 à s'être portés volontaires pour monter au front. Une cartographie interactive du "Segoland" a été diffusée en interne, mardi 20 mars. Leur mission : faire connaître les argumentaires de leur candidate, contribuer à la diffusion la plus large des articles qui lui sont favorables et de ceux susceptibles d'affaiblir ses adversaires, assurer une veille médiatique. "Nous recevons chaque jour, et même deux fois par jour en ce moment, des argumentaires sur les sujets d'actualité", explique l'un de ces "voltigeurs" de Saint-Etienne, Pierre Fayol-Noireterre.

Lundi 19 mars, la banlieue et les jeunes étaient à l'ordre du jour, mardi, c'était la politique agricole commune. A chaque fois, une liste de sites à privilégier pour la riposte leur est fournie. Ainsi sont-ils allés "coller" sur le site boursorama.com ou celui du Figaro, les explications de Ségolène Royal sur le chiffrage de son programme. L'hebdomadaire Marianne, qui consacre une large place aux avis de ses lecteurs, est un autre terrain privilégié contre l'"effet Bayrou", surtout depuis la prise de position de son directeur Jean-François Kahn en faveur du candidat centriste.

Objet de toutes les craintes au PS et à l'UMP, la séduction exercée par François Bayrou sur les enseignants a amené les animateurs de la campagne sur Internet à cibler les sites spécialisés dans les questions de l'éducation et à rappeler, exemples à l'appui, l'ancrage à droite du président de l'UDF et de ses troupes. Ces nouveaux colleurs doivent faire preuve d'habileté et de savoir-faire. "Evitez les "copier-coller" des argumentaires, essayez de les reformuler et de les adapter avec vos mots", recommande-t-on au PS.

Tout aussi rôdées sont les équipes de François Bayrou. Sur le site réservé aux partisans de ce dernier, on pouvait trouver, lundi 19 mars, la recommandation suivante : "Important d'aller sur lemonde.fr pour inonder de réponses les articles. Facile d'écrire, pas besoin de s'inscrire, important d'agir maintenant, il n'y a qu'un premier tour !", préconisait un e-militant.

On n'évite pas toujours les dérapages. Ainsi les e-militants de l'UMP avaient-ils reçu comme consigne de diffuser le discours à la jeunesse prononcé par Nicolas Sarkozy, dimanche 18 mars, au Zénith de Paris, "aux jeunes de votre entourage, via vos mailing-lists ou celles de vos enfants". "Une petite maladresse rédactionnelle", a reconnu un responsable de la campagne de Nicolas Sarkozy sur liberation.fr, qui avait révélé l'affaire !

Les snipers. Embusqués, ils guettent la bourde et tirent. La diffusion rapide des vidéos de Ségolène Royal sur les 35 heures chez les profs, la déclaration de soutien à François Bayrou d'Alain Duhamel et la publication des extraits du pamphlet d'Eric Besson, l'ex-secrétaire national du PS à l'économie et à la fiscalité, contre la candidate socialiste, c'est eux. Ils cliquent plus vite que leur ombre et font exploser les chiffres de consultation des vidéos en ligne sur DailyMotion et YouTube. Ils alimentent aussi les sites satiriques contre les candidats (Sarkostique, Pas les Royal, ou le blog de Marie-Ségolène), truffés de montages vidéo, photos ou détournements de textes et de chansons.

Les états-majors. Ils organisent le "buzz", ce bruit de fond de la campagne électorale sur Internet, destiné à être ensuite repris et amplifié par les grands médias. A l'UMP, un Journal du buzz, avec l'agenda du candidat et les grands thèmes du jour, est envoyé quotidiennement aux militants, accompagné d'une boîte à outils de propagande sur le Web (vidéos, tracts téléchargeables, etc.).


Les anciens combattants. Des batailles, ils en ont livrées plusieurs et ils en sont restés meurtris. Alors ils parlent d'eux et ressassent leurs souvenirs. Ainsi d'Alain Juppé. Sur son blog (al1jup. com), la dernière note date du dimanche 11 mars. Ecrite dans les minutes qui ont suivi l'allocution télévisée de Jacques Chirac, elle est intitulée "Noblesse et vérité". "La déclaration d'amour de Jacques Chirac aux Français sonnait juste. Amour de toute une vie", écrit-il avec nostalgie.

Lionel Jospin aussi a un blog (lioneljospin.parti-socialiste.fr), tendance austère. Le poing, la rose et trois catégories : "mes interventions", "mes messages", "quelques textes écrits par des camarades", auxquelles il a ajouté : "ma vision du monde". On y trouve en date du 20 mars la reproduction au mot près - " cher (e) s ami (e) s, cher (e) s camarades - du discours qu'il a prononcé à Lens, samedi. Pas de quoi encourager l'enthousiasme des internautes : les commentaires sont rares.

Edition Papier du Monde daté du Jeudi 22 Mars 2007
Pascale Robert-Diard et Elise Vincent