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22/04/2007


10h55. Nicolas Sarkozy a voté en famille à l'école Edith-Gorce-Franklin de Neuilly-sur-Seine. Accompagné de Cécilia et de ses deux filles, notre candidat s'est montré confiant.
La commune des Hauts-de-Seine passe définitivement au vote électronique. Ses électeurs, préparés depuis 1995, utiliseront une soixantaine de machines à voter dès l’élection présidentielle.


 La ville d'Issy-les-Moulineaux a bouclé son appel d'offres pour équiper ses  bureaux de vote en machines électroniques. Les électeurs de la commune d'André Santini utiliseront désormais exclusivement ce dispositif dans le cadre des prochaines élections, à commencer par la présidentielle 2007. 

«Il n'y aura pas d'autre choix car le code électoral impose un seul système dans un même bureau de vote: soit l'urne papier classique, soit les machines à voter», explique à ZDNet.fr, Eric Legale, chargé des nouvelles technologies à la mairie d'Issy-les-Moulineaux. La commune a donc fait le choix de généraliser le dispositif à l'ensemble de ses  quarante bureaux de vote.

Les soixantes machines qui y seront installées sont des modèles iVotronic fabriqués par l'américain ES&S et distribués en France par Datamatique. Comme tous les équipements de ce type, elles ont préalablement reçu l'agrément du ministère de l'Intérieur qui prend en compte pas moins de 114 critères.

Pourquoi Issy-les-Moulineaux a fait le choix du vote électronique? «Dans une ville où les trois quarts de la population disposent d'internet à la maison, il aurait été aberrant que le maire ne suive pas l'évolution du numérique», poursuit Eric Legale.

Des économies de temps et d'argent

La mairie met en avant plusieurs avantages, dont le premier tient dans la réalisation d'«économies de temps et d'argent». «Avec la machine à écran tactile, le dépouillement ne s'opérera plus qu'en quelques secondes contre trois heures ou plus lors d'élections traditionnelles», indique la commune.

Le gain financier se fera «sur le long terme», assure la mairie sans plus de détails. Le coût des machines, de l'ordre de 300.000 euros, devrait être amorti dans les cinq ans. Après la présidentielle, elles seront utilisées pour six autres élections jusqu'à la présidentielle 2012.

Autre argument, le système est accessible aux aveugles et malvoyants grâce à un système de casque audio et une navigation en braille. «Il est également accessible aux handicapés moteurs car la machine peut être déposée sur les genoux de l'électeur».

Enfin, côté sécurité, «la machine à voter électronique garantit un niveau de sécurité maximum grâce à un système d'exploitation propriétaire et donc non piratable, à plusieurs mémoires indépendantes et à un dispositif de scellement de la machine avant et après les élections». Les machines ne sont pas en réseau, et le comptage se fait appareil par appareil.

Une cinquantaine de villes équipées

Issy-les-Moulineaux n'est pas la seule commune à avoir adopté les machines électroniques. C'est également le cas d'une cinquantaine de villes dont Saint-Malo, Meylan, Noisy-le-Sec, Le Mans, Brest, le Havre ou Bourges, qui ont partiellement ou totalement déployé 1.200 machines dans plus de 800 bureaux de vote.

Trois modèles ont été agréés par le ministère de l'Intérieur: l'iVotronic d'ES&S, une machine fabriquée par la société NEDAP-France Election; et une autre de la société espagnole Indra Sistemas. Leur fonctionnement est similaire.

Contacté par ZDNet.fr, le ministère n'a pas été en mesure de fournir une liste exhaustive des villes qui ont fait le choix du  vote électronique, que ce soit en test ou définitivement, comme Issy-les-Moulineaux, Saint-Malo, Meylan et Noisy-le-Sec. Selon nos informations, entre un et deux millions d'électeurs français auront recours à ce type de machine lors de l'élection présidentielle.

La France fait partie des pays les plus mûrs en Europe en matière de machines à voter», confie Denis Muthuon, directeur commercial ES&S pour l'Europe. Il rappelle que ce type d'équipement est déjà utilisé aux États-Unis, Japon, Canada, en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni. (zdnet)

Par Internet et téléphones portables interposés, des citoyens s'organisent politiquement sans passer par des partis. Qu'imaginez-vous pour les prochaines années ?

Il existe un fossé de plus en plus grand entre les citoyens qui font de la politique dans l'ère des nouvelles technologies et la façon dont les gouvernements, les partis politiques et les institutions y répondent. Si les internautes ne peuvent parler qu'entre eux mais ne peuvent pas s'adresser à l'Etat, les démocraties ne récolteront que des manifestations.


Comment les démocraties peuvent-elles s'adapter ?

Il ne s'agit pas seulement de mettre en ligne les papiers administratifs. En Corée du Sud, le président s'est appuyé sur Internet pour être élu en 2002. Deux ans après, pour les législatives, un site interactif a été imaginé pour favoriser la participation des jeunes. Ils pouvaient y proposer leur vidéo musicale, gagner des téléphones portables en entrant un numéro de carte électorale, etc. Le président a d'ailleurs, en mars, organisé un chat avec ses concitoyens. Même la mairie de Séoul a créé un espace interactif : les internautes s'expriment, le site résume ces contributions qui sont accessibles à tous. Dans le même esprit, en Australie, l'Etat du Queensland a imaginé le site "Get involved" (Impliquez-vous). Le détail des projets de l'Etat est soumis aux réactions. L'opinion générale est résumée en ligne.

Existe-t-il des expériences innovantes en Europe ?

En Finlande, chaque mois, un ministère organise sur le Net un débat qui va des faillites individuelles aux modes de transport. Cette rotation a créé une compétition entre ministères. Résultat : le gouvernement a réussi à rassembler une large audience voulant s'impliquer. L'Italie a lancé un projet local de e-democracy avec 56 petits pilotes locaux. Le Royaume-Uni vient de mettre en place un projet régional sur lequel j'ai travaillé et a investi 5 millions de livres.

N'est-ce pas avant tout de la communication politique bien comprise ?

Si les gouvernants ne le font qu'une fois, cela ne sert à rien. Il ne s'agit pas seulement de répondre à ses mails. Actuellement, seuls 1 % à 2 % des élus des pays développés démocratiques sont vraiment engagés dans Internet : ils expriment leur opinion, répondent, renouvellent leur pensée en ligne. D'ici dix ans, environ 15 % des politiques interagiront en ligne, organiseront des sessions de chat avec les concitoyens sur des problèmes plutôt que de les rencontrer. La politique peut être bien plus créative. Il y aura effet d'entraînement si de hauts responsables politiques s'impliquent.

Ces technologies peuvent-elles favoriser l'émergence d'un parti mondial ?

Les moyens électroniques permettent de répandre largement avec peu de moyens une idée. On l'a vu avec le mouvement du non pour l'Europe en 2005. Cependant, les élections restent sur une base géographique, et j'imagine mal un parti global gagnant des élections.

En revanche, on devrait voir émerger, à l'image des altermondialistes, des réseaux d'idées mondiaux, écologistes ou plus conservateurs, comme les anti-avortement. Une organisation comme Greenpeace, connue dans le monde entier, peut devenir une sorte de parti avec un intérêt unique.

Internet peut-il accélérer la chute d'un système oppressif ?

Le cybermilitant oblige les démocraties à bouger. Mais, dans les pays non démocratiques, ce n'est pas encore un contre-pouvoir. Certes, il existe une fenêtre d'opportunité de deux ou trois ans dans un pays oppressif entre le moment où le territoire est réellement connecté et le moment où le gouvernement contrôle ce nouveau moyen d'expression. En Iran, le phénomène des blogs a explosé et a pris de l'avance avant que le gouvernement ne réagisse.

Même phénomène en Chine. Il est désormais interdit d'aller dans un cybercafé de façon anonyme, et 30 000 employés du gouvernement travailleraient à la surveillance d'Internet. Tous les pays n'ont pas les mêmes moyens humains, mais de nombreuses entreprises proposent déjà des outils de censure, aux Etats-Unis, en Europe. L'Arabie saoudite a centralisé ses accès à Internet. L'association Global Voices explique comment réussir à animer un blog sous un régime répressif. Il est néanmoins très facile d'être pris.

En 2004, Howard Dean est apparu dans la campagne présidentielle américaine grâce à Internet. Y aura-t-il d'autres Howard Dean dans les dix ans à venir ?

Plus le pays sera "connecté", plus ce genre de profil pourra apparaître. Pour autant, tout candidat n'est pas assuré de percer grâce au Net. Howard Dean avait une personnalité très forte. Tout comme Jesse Ventura, l'ancien showman devenu gouverneur en 1998 grâce à une campagne sur Internet qui lui a ouvert la porte des médias, lui a permis de trouver des soutiens financiers et d'organiser sa campagne. Même chose pour John McCain en 2000.

Dans tous les pays de l'OCDE, Internet va devenir la colonne vertébrale d'une campagne politique. Cela ne remplace pas le terrain, les émissions TV, la publicité. Mais cela permettra d'organiser de façon beaucoup plus homogène et étendue une campagne. Son rôle sera prédominant au début, avant que les télévisions et la TV prennent le relais. Si cela n'arrive pas en 2008, je pense qu'en 2012 Internet sera vu aux Etats-Unis comme le lieu où les élections ont été gagnées ou perdues.

Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué et Laure Belot